L’Acadie :
son histoire, sa modernité et ses symboles

Historique & symboles de l’Acadie

La fondation de l’Acadie remonte jusqu’en 1604, Pierre Du Gua, sieur de Mons, Samuel de Champlain et Jean de Biencourt de Poutrincourt, accompagnés d’environ 80 colons français, s’installent sur l’île Sainte-Croix, située entre le Nouveau-Brunswick et le Maine actuels. L’année suivante, ils fondent Port-Royal, dans la Nouvelle-Écosse d’aujourd’hui et solidifient la présence française en Amérique. La colonisation du territoire se poursuit graduellement, malgré des défis au cours des décennies suivantes. En outre, les colons français établissent rapidement des liens d’alliance et d’échanges avec les peuples autochtones de la région et font face à des conflits avec les autorités britanniques.

Dès 1632, l’Acadie commence à se composer de familles venues principalement du nord-ouest de la France, notamment du Poitou et d’Anjou, ainsi que la Normandie, de Paris, des régions bretonnes et basques. Ils s’installent d’abord sur le territoire autour de la baie de Fundy.

L’agriculture, ainsi que la chasse et de la pêche, sont activement pratiqués en Acadie. D’ailleurs, pour soutenir le développement du secteur agraire, du bétail est importé et des moulins sont construits sur le territoire. Afin de mieux cultiver la terre, surtout contre les fortes marées de la baie de Fundy, les Acadiens emploient une technique d’agriculture unique en Amérique du Nord. Ils procèdent à l’assèchement des marais par des digues munies d’aboiteaux. Les premiers aboiteaux sont construits durant les années 1630, puis l’efficacité de cette technique fait en sorte que le système se répand sur le littoral de la région et devient à jamais le symbole de l’ingéniosité acadienne.

Au début du 18e siècle, les tensions entre la France et l’Angleterre, ainsi que leurs colonies s’intensifient. À la suite de plusieurs conflits, la majeure partie du territoire acadien, dont notamment la péninsule de la Nouvelle-Écosse d’aujourd’hui, est cédée aux britanniques en 1713 avec la signature du traité d’Utrecht. Les Acadiens ne veulent pas prêter allégeance à la couronne britannique ni porter des armes contre les peuples autochtones et leur compatriotes Français en cas de conflit. Comme les Acadiens veulent la neutralité et continuer de pratiquer la religion catholique, leur présence devient progressivement indésirable aux yeux des autorités britanniques.

À l’aube de la guerre de Sept Ans, le Grand Dérangement débute et mène, dès 1755, à la déportation des acadiens du territoire par les Britanniques. Certains Acadiens réussissent à s’enfuir, notamment vers le nord du Nouveau-Brunswick et au Québec, mais la majorité de la population est déportée par bateau vers la France, l’Angleterre, et surtout, dans 9 des 13 colonies anglo-américaines, et ce jusqu’en 1763. Plusieurs périssent lors des déplacements et d’autres sont rejetés par leurs colonies d’accueil. Cet événement dévastateur demeure gravé dans la mémoire collective, et la résilience des ancêtres reste ancrée comme élément majeur de l’identité acadienne.

Ce sentiment d’appartenance à une identité et à une histoire distincte pousse des milliers d’Acadiens à s’accrocher au territoire d’origine ou près de celui-ci, afin de rebâtir leurs vies.

Ils s’installent notamment le long des côtes, dans est et le nord du territoire du Nouveau-Brunswick, dans la région de la Baie-Sainte-Marie, de Pubnico et au Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, dans la région Évangéline de l’Île-du-Prince-Édouard, et dans la partie ouest de Terre-Neuve. Néanmoins, trois siècles plus tard, à l’extérieur du Canada atlantique, les descendants du Grand Dérangement se retrouvent au Québec, en France, aux États-Unis, avec une forte présence en Louisiane, et ailleurs dans le monde.

L’Acadie moderne

La fin du 19e siècle est une ère de croissance et de renaissance identitaire pour le peuple acadien.

Le Collège Saint-Joseph de Memramcook (N.-B.), l’Université Sainte-Anne (N.-É.) et le Collège Sacré-Cœur de Caraquet (N.-B.), fondés respectivement en 1864, en 1890 et en 1899, commencent à façonner l’éducation d’une population déterminée à avancer dans le progrès, surtout quant à son éducation et ses droits linguistiques. Lors de la première Convention nationale à Memramcook en 1881, les Acadiens se rassemblent afin de s’organiser stratégiquement et collectivement en tant que peuple et nation, assurant un siècle de revendications et d’avancements dans le cadre d’une société et un pays en voie de modernisation. 


Pendant les années 1960, l’Acadie atteint de nouveaux sommets. Fondé en 1963 dans un centre urbain en plein essor, l’Université de Moncton accueille un nombre important de francophones des provinces de l’Atlantique, formant ainsi une nouvelle génération de professionnels et de leaders pour la société acadienne. Dans la même époque, le gouvernement fédéral et celui du gouvernement du Nouveau-Brunswick alors dirigé par Louis J. Robichaud, proclament en 1969 leur loi sur les langues officielles respective. Le bilinguisme officiel assure l’enracinement du français auprès des Acadiens et des Acadiennes, leur donnant l’occasion de recevoir des services et de s’épanouir dans leur langue. Par ailleurs, l’Acadie réussit à augmenter la production de journaux; Radio-Canada s’étend également. Des artistes acadiens, devenant de plus en plus nombreux, représentent et expriment fièrement une identité gagnée de grande lutte.

Dorénavant, l’Acadie est en mesure de former elle-même ses enseignants et ses élites. Ses collèges deviennent des universités – l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse et l’Université de Moncton au Nouveau-Brunswick. L’Acadie dispose de nombreux journaux, Radio-Canada s’y installe. Des artistes acadiens de plus en plus nombreux expriment fièrement une identité gagnée de haute lutte.

L’Acadie est aujourd’hui une société moderne et diverse, à l’image d’un peuple qui a su se tenir debout face à l’adversité.

Acadiens et Acadiennes
50000

Le Canada atlantique compte aujourd’hui plus de 300 000 Acadiens et Acadiennes fiers de leurs origines et de leur langue.

Symboles de l’Acadie

Les symboles tels que les armoiries, les drapeaux et les devises sont des outils identitaires, qu’ils soient nationaux, familiaux, institutionnels ou individuels. Ceux-ci reflètent et représentent des histoires, des valeurs et des traditions communes qui nous unissent. Ainsi, lors des premières conventions nationales acadiennes, les délégués ont accordé à l’Acadie des symboles officiels de son identité culturelle. Ils fondent également la Société Nationale de l’Acadie qui porte à l’époque le nom de la Société Nationale l’Assomption. En 1881, à Memramcook, les participants choisissent le 15 août comme fête nationale de l’Acadie, honorant ainsi la mémoire de leur peuple tout en célébrant l’Assomption de la Vierge Marie. 

Lors de la deuxième Convention nationale à Miscouche (Î.-P.-É.) en 1884, les délégués choisissent un drapeau, un hymne national, une devise et un insigne pour l’Acadie, éveillant chez le peuple acadien un sentiment d’appartenance.

Drapeau acadien

Le drapeau adopté à Miscouche, en 1884, est le tricolore français ornée d’une étoile dorée.

Le libellé de la proposition du drapeau en donne la signification :


« Que le tricolore soit le drapeau national des Acadiens-français. Comme marque distinctive de la nationalité acadienne, on placera une étoile, figure de Marie, dans la partie bleue, qui est la couleur symbolique des personnes consacrées à la Vierge sainte. Cette étoile Stella Maris, qui doit guider la petite colonie acadienne à travers les orages et les écueils, sera aux couleurs papales pour montrer l’inviolable attachement à la Sainte Église, notre mère. »


(Le Moniteur acadien, le 28 août 1884)

Armoiries

Le samedi 31 août 1996, les armoiries de la Société Nationale de l’Acadie sont dévoilées à Miscouche, par l’Acadien, Son Excellence, le très honorable Roméo LeBlanc, gouverneur général du Canada.

Les armes suivantes sont concédées et assignées à la Société Nationale de l’Acadie: 

« D’azur à une goélette d’argent habillée d’or soutenue de deux burelles ondées du même, arborant au grand mât une bannière d’argent flottante à senestre et inscrite ACADIE en lettres de sable, le tout surmonté de l’étoile de l’Acadie rayonnante d’or; Et pour devise: L’UNION FAIT LA FORCE. » 

(Gouverneur général du Canada, 1995, vol. III, p. 74)

La Fête nationale de l’Acadie

La Convention nationale de Memramcook, en 1881, mène à l’adoption d’une date fêtant la nation acadienne. À la suite de débats animés, les délégués s’entendent sur le jour de la fête de Notre-Dame de l’Assomption, sainte patronne de l’Acadie, célébrée le 15 août. Désormais, la communauté acadienne se rassemble annuellement à cette date afin de participer à des festivités et des spectacles organisés pour célébrer sa culture et son identité. La Fête nationale s’exprime aujourd’hui dans un esprit festif et populaire, mélangeant le rayonnement communautaire et artistique, ainsi que la réflexion identitaire. Le 15 août, c’est l’occasion de mettre en valeur le peuple acadien, sa détermination et son courage, mais aussi de réfléchir à sa devise « L’union fait la force », une valeur centrale à son histoire et à son futur. 

Cette célébration, est habituellement marqué par un tintamarre, une tradition acadienne plus récente par laquelle la communauté acadienne exprime sa vitalité et sa solidarité en faisant un maximum de bruit tout en paradant dans les rues. Sur le coup de 17h55 (heure locale), des milliers d’Acadiens et d’Acadiennes des provinces de l’Atlantique, de la Louisiane, du Québec, de la France et ailleurs où l’Acadie est présente font retentir casseroles et tambours. D’ailleurs, le mot « tintamarre » apparait depuis 2026 dans le dictionnaire Le Petit Robert, soulignant cette pratique distinctivement acadienne. Encore aujourd’hui, pendant le 15 août, la présence et la fierté acadiennes sont mises en valeur.

Hymne national acadien

Lors de la seconde Convention nationale, l’Ave Maris Stella est adopté en tant qu’hymne national de l’Acadie. Au moment du premier lever du drapeau, son idéateur l’abbé Marcel-François Richard entonne ce chant religieux très bien connu à l’époque. Proposé par Pascal Poirier et adopté par l’assemblée, l’air de l’Ave Maris Stella rallie désormais le peuple dans un même chant, tout en rendant également hommage à la sainte patronne de l’Acadie. 

Par la suite, ce choix est remis en question pour diverses raisons, entre autres parce que certains n’aiment pas qu’une pièce religieuse soit chantée lors de fêtes où l’on sert de l’alcool. On suggère d’autres chants, mais aucun n’est retenu. Près de cent cinquante ans plus tard, cette problématique n’est toujours pas réglée. C’est encore l’Ave Maris Stella que l’on chante, en latin, à l’occasion des manifestations patriotiques.

En 1994, la Société Nationale de l’Acadie lance un concours invitant le public à créer une version française de l’Ave Maris Stella. C’est le texte de Jacinthe Laforest, journaliste à La Voix acadienne, un hebdomadaire de l’Île-du-Prince-Édouard, qui remporte les honneurs. Cette nouvelle version est chantée pour la première fois lors du spectacle de clôture du premier Congrès mondial acadien par l’auteure-compositrice-interprète Lina Boudreau. Voici les paroles de la version française :

Ave Maris Stella
Dei Mater Alma
Atque Semper Virgo
Felix Coeli Porta (bis)

Acadie ma patrie
À ton nom je me lie
Ma vie, ma foi sont à toi
Tu me protégeras (bis)

Acadie ma patrie
Ma terre et mon défi
De près, de loin tu me tiens
Mon cœur est acadien (bis)

Acadie ma patrie
Ton histoire je la vis
La fierté je te la dois
En l’avenir je crois (bis)

Ave Maris Stella
Dei Mater Alma
Atque Semper Virgo
Felix Coeli Porta (bis)

Marie, la patronne du peuple acadien

Lors de la première Convention nationale, les délégués acadiens choisissent Notre-Dame de l’Assomption, comme patronne de leur collectivité. On remarque qu’à l’époque, d’autres groupes catholiques choisissent de célébrer leur peuple sur le jour qui rends honneur à leur saint patron, notamment les Irlandais, avec la Saint-Patrick et les Québécois (Canadiens français), avec la Saint-Jean-Baptiste. L’Acadie associe souvent ses symboles à son passé. Ainsi, le peuple acadien se place sous la protection de la Vierge Marie, une figure importante de son histoire : sous le règne de Louis XIII, pendant l’époque où l’Acadie a pris son envol, la France lui était consacrée. 

Évangeline

Le personnage fictif d’Évangéline est l’héroïne littéraire acadienne la plus connue et célébrée. Particulièrement au tournant du 20e siècle, elle suscite une prise de conscience collective chez de nombreux Acadiens et Acadiennes à la recherche d’un sentiment d’appartenance à une identité culturelle.

Le poème Evangeline: A Tale of Acadie, par l’écrivain américain Henry Wadsworth Longfellow, a été publié en 1847. Il raconte l’histoire d’amour de deux jeunes Acadiens, Évangéline et Gabriel, qui ont grandi ensemble dans le village de Grand-Pré. Il décrit ce coin du monde comme une terre de paix et d’abondance, un paradis terrestre, une Arcadie du Nouveau Monde. Ce paradis est perdu lors de l’événement tragique de la Déportation (1755-1763). Les deux fiancés sont séparés, placés dans des bateaux différents qui les transportent vers les colonies anglo-américaines, situées au long de la côte atlantique et qui deviennent bientôt les États-Unis d’Amérique.

Dans la deuxième partie du poème, Évangéline recherche son fiancé, Gabriel. Après de longues années de pérégrinations, elle aboutit à Philadelphie et renonce finalement à retrouver son amour. Elle entre chez les Sœurs de la Charité et se consacre aux malades et aux plus démunis de la ville. Au bout de quelque temps, une épidémie de variole fait des ravages dans la population. Un jour, parmi les malades amenés à l’hôpital où elle travaille, Évangéline reconnaît un jour son Gabriel. Celui-ci, mourant, décède dans ses bras. Le cœur brisé, l’héroïne ne tarde pas à suivre son fiancé dans la tombe.

Dans le poème, Évangéline est dépeinte comme une personne loyale, modeste, altruiste, fidèle, patiente et pieuse. Bref, elle représente dans une certaine mesure l’idéal de la femme victorienne. Par son courage, ses épreuves et son amour immuable pour Gabriel, le personnage d’Évangéline a conquis l’admiration et le respect de générations de lecteurs, en Acadie et ailleurs.

Références

LANDRY, Nicholas, Nicole Lang, Histoire de l’Acadie, Québec, Éditions du Septentrion, 2e édition, 2014. 

BASQUE, Maurice, La Société Nationale de l’Acadie : au cœur de la réussite d’un peuple, Moncton : Les Éditions de la Francophonie, 2006.

VACHON, André-Carl, Histoire de l’Acadie : de la fondation aux déportations (Tome 1 1603-1710), Tracadie, La Grande Marée, 2020. 

VACHON, André-Carl, Histoire de l’Acadie : de la fondation aux déportations (Tome 2 1710-1763), Tracadie, La Grande Marée, 2020. 

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